Textes des artistes

Artistes peintres, sculpteurs/es, photographes, auteurs/es et calligraphes
de la "Bibliotèque poétique"




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Margot Bujold


L8 L9 L’auberge Jolifou

Conte inspiré des scènes d’hiver de Krieghoff Nous sommes en janvier 1856. La poudreuse danse sous les sabots des chevaux qui filent à folle allure sur les routes enneigées du Québec emportant dans leur traîneau, des paysans invités au bal chez Jolifou de la Côte de-Beaupré. Ils viennent de l’Île-d’Orléans, de L’Ange-Gardien, de Saint-Joachim et de Château-Richer.

Le ciel est d’un bleu acier, le temps glacial et mordant laisse la vapeur s’échapper des narines des chevaux. Les passagers bravent le froid bien emmitouflés sous la peau d’orignal. D’autres habitants vêtus chaudement de tuques, de ceintures fléchées, de parkas de laine ou de fourrure courent pour se réchauffer en suivant les traîneaux. La neige abondante, la vitesse et les chemins hasardeux font parfois renverser les carrioles. Les chevaux apeurés, essaient de se sortir de la neige, montés sur leurs pattes arrière, hennissant, les yeux exorbités, les oreilles couchées.

Une scène impressionnante qui me rappelle des souvenirs d’enfance : comment les chevaux pouvaient paniquer autant lorsqu’ils s’embourbaient dans la neige.

Le bal commence. Des fenêtres de l’auberge, les ombres dansent, giguent, boivent et jouent aux cartes sous la lumière diffuse des lampes à l’huile et des chandelles. L’auberge, comme une joyeuse boîte à musique, diffuse des sons de violon et d’accordéon mêlés de cris et d’éclats de rires.

Les derniers invités quittent vers minuit. On attèle les chevaux. Certains fêtards, emportés par les vapeurs d’alcool, réveillent brusquement les bêtes endormies pour retourner à leur chaumière.

Il ne reste plus qu’à nourrir le feu pour la nuit, souffler la chandelle et se glisser sous les épaisses couvertures.

Malgré les interdictions des divertissements, soit de l’Église ou des autorités politiques, les habitants de cette époque festoyaient comme bon leur semble. L’hiver interminable justifiait cet engouement pour le plaisir.

Margot Bujold, 2017



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