Michel Parent, courtier en art
Bienvenue, svp vous enregistrer ici | Déjà client. S'identifier
Visionneuse Votre visionneuse actuelle (Unlabeled - 0) Statistiques pour votre panier Votre panier est vide

Bazzart, Février 2014, pp. 24-27

Aristide Gagnon

LE GRAND-PÈRE DU BRONZE
par Caroline Houde
carolinehoude.com 

À l'intérieur, il fait soleil. De grands tableaux abstraits habillent les vieux murs de brique de la fonderie. D'intrigantes sphères de bronze sculptées par l'artiste arborent des reliefs variés dont plusieurs évoquent des éléments organiques.

De magnifiques cloches, toujours en bronze, sont suspendues au centre de la pièce du rez-de-chaussée tandis que la riche fenestration des lieux jette une lumière mettant parfaitement en valeur les patines et les textures des œuvres de l'artiste. L’ensemble confère à l'atelier chargé d'histoire une atmosphère qui se rapproche du sacré.

Originaire de la vallée de la Matapédia, Aristide Gagnon vient s'établir dans la ville de Québec en 1948 et commence à peindre. De 1952 à 1956, il fréquente l'École des beaux-arts de Québec. « C'est pendant mes études que j'ai vraiment commencé à vivre de mon art. Je faisais des petites illustrations avec des vues de la ville et je vendais ça 10 $ chez des marchands de matériel artistique, car il n'y avait pas encore de galeries d'art à Québec, dans ce temps-là. Aujourd'hui, ça peut paraître bizarre de dire que je vendais des aquarelles à 10 $, mais comme je payais mon loyer chauffé 35 $ par mois,  je vendais assez dans un été pour passer mon hiver. »

 Aristide Gagnon 2013Le tableau: Récit en prose 1995

Dès la fin des années 40, l'académisme dans l'art québécois est bousculé, à la suite de la publication du Refus global par les automatistes et, au milieu des années 50, du manifeste des Plasticiens. « Curieusement, ces mouvements ne touchaient pas beaucoup les peintres de Québec. » En riant, Aristide Gagnon raconte avoir demandé à Jean Paul Lemieux, qui était son professeur aux beaux-arts, s'il considérait le Refus global comme important. Ce dernier aurait répondu: « Bah! Non ». Amusant, quand nous savons aujourd'hui la place qu'occupent ces mouvements dans l'histoire de l'art au Québec.

En 1958, Aristide Gagnon remporte le plus prestigieux prix pour l'époque, le premier prix en peinture au Concours national du Québec. « Il fallait qu'on présente des œuvres non signées, car le jury ne devait pas être influencé par le nom de l'artiste, ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui, selon moi. Ça se passait au Musée du Québec (aujourd'hui le Musée national des beaux-arts du Québec) et là, devant tout le monde, nous signions nos tableaux. C'était médiatisé à travers tout le Canada. Trois mois après, j'avais encore une couverture médiatique. Les galeries de Montréal, de Toronto et d'ailleurs me contactaient pour m'offrir des expositions. » L’artiste reçoit alors tant de demandes qu'il doit en refuser plusieurs. « Ça me faisait peur, car je me disais: je commence et je n'ai rien, je ne suis pas pour montrer ce que j'ai fait aux beaux-arts, mes dessins de nus, etc., c'était beaucoup trop académique. »

À partir de 1960, c'est la galerie Zanettin de Québec qui représente l'artiste aux côtés d'autres peintres tels qu'Edmund Alleyn, Jean Paul Lemieux et Albert Rousseau, et ce, jusqu'au décès de son propriétaire, en 1989. « Mes œuvres se vendaient très bien. Gérard Zanettin me conseillait sur les bonnes pièces à présenter à la galerie. Il était autodidacte, mais avait une vision et beaucoup de crédibilité auprès des collectionneurs.

Au premier vernissage, 800 personnes s'étaient déplacées pour l'événement. J'avais tout vendu! En plus, les critiques avaient été très bonnes. Je réservais mes œuvres à monsieur Zanettin, mais il ne m'empêchait pas d'exposer à Montréal, à Toronto et ailleurs, car il savait que c'était bon pour moi et pour lui de le faire. J'avais la liberté d'apporter des changements au niveau de ma production et parfois, c'était radical. Par exemple, en 1967, j'avais pris un virage vers l'abstraction et il y a des gens qui m'ont "disputé". Y'a une femme qui collectionnait mes œuvres et qui m'a dit: vous là, je ne vous aime plus! J'ai répondu: moi j'vous aime encore. Et j'ai tout vendu ce que j'avais exposé quand même.

Après la mort de Zanettin, je suis allé dans d'autres galeries, mais ça n'a pas bien été. Y'en a qui ont essayé de m'exploiter. Y'en a plusieurs, des artistes, qui se font exploiter ... »

En 1970, Aristide Gagnon fait la découverte de la sculpture, ce qui l'amène à acquérir sa fonderie actuelle. « Mon fils voulait faire de la sculpture en pâte à modeler ... Il devait avoir cinq ou six ans. Je me souviens, il avait fait un petit pingouin et moi, un petit phoque. Je lui ai dit: veux-tu que papa te le coule en plâtre? Il m'a répondu oui. J'ai dit: ok, quand tu vas revenir de l'école, tu vas l'avoir en plâtre. J'ai fabriqué un petit moule et je lui ai coulé ça en plâtre. Ensuite, j'ai passé deux ans à faire des tests avec divers métaux sur des petites pièces.(1) Puis, j'ai utilisé des moules plus résistants qui pouvaient prendre le bronze. J'ai fait des recherches et là, je suis venu ici pour les faire remplir ... C'était une fonderie. Les employés travaillaient pour une grosse compagnie de papier; ils coulaient d'immenses pièces d'engrenages pour de la mécanique industrielle. Ils trouvaient ça bien drôle de me voir arriver avec mes "bébelles".

Au bout de deux ans à faire ça, ils m'ont dit: vous devrez maintenant aller à Lévis parce qu'ici, nous fermons et ça va être démantelé. J'ai décidé d'aller voir les propriétaires et ils m'ont fait un prix. J'ai donc acheté tout le matériel sur place, mais à ce moment, j'étais toujours un locataire. Un an plus tard, je suis retourné les voir et, avec un autre partenaire, nous avons acheté la bâtisse. Après quelques années, l'autre a décidé de quitter et il m'a finalement vendu sa part. »

En 2013, lors d'un vernissage au Musée du bronze d'Inverness, Aristide Gagnon a publiquement été présenté comme étant le grand-père du bronze au Québec. «Oui, c'est parce que Gérard Bélanger est venu travailler ici, à la fonderie, avec moi. Je lui avais dit: "je ne ferai pas tes pièces, mais si tu veux, je te montrerai comment". Il voulait lancer une fonderie d'art à Inverness et, au bout de six ou sept ans, il s'est senti mûr pour démarrer son projet. Pendant deux ans, j'ai également participé à la mise sur pied du musée. Je trouvais que Gérard avait du talent. Si ça avait été un empoté, je n'aurais jamais voulu travailler avec (rires). Et, puisque lui c'est le père du bronze, alors moi, je dois être le grand-père (rires).»

En 2010, le Centre culturel Yvonne-Bombardier, situé à Valcourt en Estrie, a présenté au public une rétrospective de la carrière d'Aristide Gagnon incluant une cinquantaine de ses tableaux et une cinquantaine de ses sculptures de bronze. Aux dires de l'artiste, il s'agit de sa plus remarquable exposition à ce jour.

« Ce fût extraordinaire et toute leur équipe a été d'un accueil des plus chaleureux », ajoute monsieur Gagnon.

Aujourd'hui, nous retrouvons plusieurs des œuvres du peintre et sculpteur dans différentes collections publiques et privées à travers le Québec, le Canada, les États-Unis et l'Europe.

Les intéressés peuvent admirer certaines de ses sculptures publiques devant l'hôtel Belley, au parc Durocher et au Parlement de Québec, mais aussi au parc Lavigerie, à Sainte-Foy, et à la place Mercantile de Montréal, pour ne citer que ces quelques lieux.

En parlant de l'évolution de sa démarche de création, l'artiste explique qu'après avoir peint de l'abstraction pure pendant de nombreuses années, sa dernière série de tableaux laisse émerger de son univers abstrait des éléments figuratifs. Inspiré par la citation de Démocrite « Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité », Aristide Gagnon raconte que le point de départ de cette nouvelle figuration est, bien souvent, une tache de couleur appliquée d'un geste libre qui lui suggère les images qu'il devra ensuite faire ressortir du tableau. « J'aime produire et m'exprimer, c'est toujours très présent en moi. Mon travail est très spontané et intuitif. Pour moi, il y a toujours une part de mystère dans la création. On ne peut pas tout saisir dans un tableau et dire pourquoi il nous parle ou nous émeut à ce point. Si nous le savions, nous pourrions faire une recette pour que ça se produise chaque fois. »

Après 60 ans de carrière à vivre de son art, Aristide Gagnon a-t-il encore des rêves à réaliser? Il semble peser ses mots pour répondre, sur un ton rempli d'humilité:

« C'est certain que si on m'offrait une exposition dans un grand musée, ça serait agréable pour moi, mais je n'ai jamais travaillé pour la gloire, ça, c'est définitif. Le bonheur, il faut que tu l'aies en toi. Moi, je suis très content d'avoir cet immense atelier-là. » 

 

Le pingouin et le phoque
Les toutes premières sculptures à la demande de Nicolas en 1970


Les sphères d'Aristide Gagnon en plus de toutes leurs autres qualités ont cette intéressante propriété de tourner sur leur socle en bois. Vous pouvez en voir d'autres sur ces pages: http://www.michelparent.com/francais/gallery/2-0-A-Gagnon-Sculptures.html


Recherche avancée Recherche avancée Artistes / Contributeurs

Click to view details

Plateau (Plate)
 

Click to view details

Vent d'automne (Autumn wind)
 

Aristide Gagnon

Aristide Gagnon


Heam Changyon

Heam Changyon


Ruiding Kim

Ruiding Kim

bronze , acrylique , sphère , aluminium , encaustique , cire